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Mythologie

27 Jan

Avant d’inspirer la terreur et de devenir un des démons du Moyen Age, le loup, craint pour sa sauvagerie mais admiré pour sa force et son adresse, joua un rôle dans de nombreuses mythologies.

Les Romains le consacrèrent à Mars, dieu de la Guerre, qui fit nourrir par une louve les jumeaux Remus et Romulus, fondateur de la Ville éternelle, et en firent un des emblèmes de la légion romaine. Si, lorsqu’un loup pénétrait dans le temple de Jupiter ou dans le Capitole, les Romains purifiaient la ville entière, ils considéraient néanmoins, aux dires de Pline, qu’apercevoir sur sa droite un loup ayant la gueule pleine était un des présages les plus favorables. A Rome toujours, de la graisse de loup frottée sur la porte de la maison des nouveaux époux leur portait bonheur. Dans l’ancienne Germanie, où les guerriers se nourrissaient de loup pour acquérir ses qualités (force, rapidité, endurance), l’animal fut également l’attribut du dieu de la Guerre scandinave Odin : un des frontons du Walhalla, séjour des guerriers les plus valeureux morts au combat, était orné d’une tête de loup. Selon la mythologie scandinave, « la fin du monde surviendra le jour où les deux puissants loups lancés à la poursuite de la lune et du soleil parviendront à les dévorer. Ces fauves sont deux des nombreux loups nés de l’accouplement d’une sorcière de la Terre et du loup Fenrir. Celui-ci, enchaîné par les dieux, une épée en travers de la gueule, se délivrera lors du Crépuscule des Dieux, annoncé par une guerre mondiale et un tremblement de terre : il engloutira alors dans sa gueule crachant des flammes le dieu Odin et son cheval Sleipnir, avant d’avoir lui-même la mâchoire écrasée par Vidarr le Silencieux ». Parce que son regard transperce les ténèbres et qu’il se met en chasse au lever du jour, les Egyptiens l’associaient au culte solaire : Upuaut, dieu loup, guidait la barque de Rê. Les Grecs le consacraient au dieu de la Lumière, Apollon, appelé parfois Apollon Lokogénès (« né du loup ») parce que sa mère Léto, enceinte de Zeus, aurait rencontré un loup pendant sa grossesse. Apollon, tout comme sa soeur jumelle Artémis, était invoqué pour protéger les troupeaux contre ces fauves.

Au Moyen Age, dans tous l’Occident chrétien, le loup devient l’animal le plus redouté. Pour les démonologues, le loup, synonyme de de sauvagerie et de cruauté (la louve symbolisant pour sa part la débauche ou le dévergondage), est l’incarnation du diable, et de tous les animaux, celui dont il préfèrait prendre l’apparence, notamment pour présider le sabbat. Pour aller au sabbat, les sorciers se transforment en loups et les sorcières portent des jarretières en peau de l’animal. En Espagne, il est la monture des sorciers qui le chevauchent la tête tournée vers sa queue sur laquelle ils ont placé une chandelle pour éclairer le chemin. On a accusé certains sorciers, et de nombreux bergers, de rassembler des loups pour commettre des forfaits. Parmis les magiciens capanles de se faire obéir et suivre des loups, le meneur de loups, soupçonné également de se changer en loup-garou, était le plus craint car il avait le pouvoir de les envoyer dans les bergeries et les pâtures pour dévorer les moutons. En Normandie, on le reconnaît à ses gants rouges et au fait qu’il ne prononce pas un mot. Le meneur de loup frappe parfois, la nuit tombée, à la porte des fermes isolées; qui lui refuse l’hospitalité court le risque de voir décimer tout son troupeau. On mentionne l’éxistence de loups sataniques dans de nombreuses régions : en Ardenne avec le loup blanc, a Bayeux avec le grand loup noir. Rappelons que la bête du Gévaudan, créature mystérieuse et cruelle qui fit des ravages à la fin de XVIIIème siècle dans la région du Massif central (cent personnes tuées entre 1764 et 1767) ressemblait à un loup.

Les contes, le décrivant comme le mangeur d’enfants par excellence (notamment le célèbre Petit Chaperons rouge) et des créatures sans défense (comme la chèvre de Monsieur Seguin), n’ont pas amélioré sa réputation. Sans oublier que le mythe de loup-garou renforçait son caractère maléfique.

Cependant, les rapports entre les hommes et le loup n’ont pas été uniquement fondés sur la haine, et bien que la croyance générale en ait fait une créature diabolique, les Amérindiens, quand à eux avaient une vision bien différente du loup : Dans la mythologie des Ojibwas, ce sont les loups qui ont appris à chasser à Nanabush, fils du Vent d’ouest et d’une mortelle. Il apprit leurs méthodes, mais aussi le tabou interdisant de tuer inutilement le gibier. Comme Nanabush était incapable de suivre la meute qui poursuivait un caribou, il fut laissé avec Tooth, le petit-fils de la louve qui menait la meute. Elle leur dit d’aller chasser l’élan dans la vallée mais de ne prendre que la viande qu’ils pourraient manger. Grisés par la chasse, ils oublièrent la mise en garde de la louve. Pour les punir, Manitou, le Grand Esprit, se lança à leur poursuite. Tooth, le jeune loup impétueux, fut pris et tué, mais Nanabush vola la peau de Tooth aux esprits. Comme il était lui-même un demi-dieu, il ramena le loup à la vie. Tooth avait parcouru les chemins de la mort et il en instruisit Nanabush afin qu’il transmette ce savoir à son peuple. Lorsque Tooth lui eut décrit les traîtres chemins du paradis, Nanabush le renvoya au pays des morts où, depuis, il guide les âmes qui entreprennent le voyage vers un monde meilleur. La légende enseigne donc que le loup est notre frère, notre maître en chasse, notre complice dans le crime et notre guide vers le paradis. Cette légende confirme bien que l’homme a peut-être beaucoup appris du loup.

Dès les origines, hommes et loups sont très semblables. Ce sont des prédateurs placés au sommet de la pyramide. Les tribus humaines et les meutes de loups sont formées autour d’un noyau familial. une structure sociale rigide et forte gouverne la société et organise la chasse (qui est la condition de la survie de cette société). Les chefs sont choisis parmi les plus astucieux ou parmis les plus forts. La cohésion du groupe, l’ordre et la discipline sont maintenus par divers rites complexes. La légende des Ojibwas nous offre un point de vue non européen qui tranche nettement avec les comportements de haine envers le loup des civilisations occidentales. Les Ojibwas et d’autres peuples aborigènes ont démontré que les loups et les hommes peuvent vivre les uns à côté des autres, et que les hommes qui n’ont pas pour seule ambition de « conquérir » la nature comprennent parfaitement la parenté qui nous relie à notre frère le loup. Nulle part dans la mythologie des raborigènes d’Amérique du Nord il n’y a un exemple de peur du loup.

Objet de folklore aujourd’hui ou thème de cinéma fantastique, les loups-garous, terme qui signifie « loup dont il faut se garder » ou « gardez-vous », ont longtemps semé la terreur dans les campagnes : les loups-garous (appelés « bisclaverets » en Bretagne, « varous » ou « haires » en Normandie) étaient des hommes (et même des femmes) métamorphosés en loup par le diable, ou qui, étant sorciers, se transmutaient eux-mêmes, grâce à un onguent magique, en carnassier. Les nuits de pleine lune en général, les loups-garous sortaient de chez eux par la fenêtre et erraient dans les campagnes et les villages en poussant des hurlements. Friands de chair fraîche, ils mordaient et dévoraient bêtes et gens. Au petit matin, ils reprenaient forme humaine.

La lycanthropie est attestée dès l’Antiquité gréco-latine. Le mot lycanthropie (du grec lykos, loup et anthropos homme) viendrait également du souverain mythique d’Arcadie, Lycaon, qui fut « changé par Zeus en loup, pour avoir osé lui servir, au cours d’un repas, les membres d’un enfant qu’il venait d’égorger ». Le lycanthrope était également connu des Celtes, des francs et de nombreux peuples des pays d’Europe.

Durant tout le Moyen Age, l’existence des loups-garous ne faisit aucun doute. Au XVème siècle, l’empereur germanique Sigismond réunit des autorités en la matière pour discourir sur la réalité de la lycanthropie : la conclusion des débats fut qu’on devait l’admettre.

Un des meilleurs moyens pour identifier un loup-garou était de retrouver chez un homme une balle (ou une flèche) qui avait blessé ou tué la créature. Seule une balle bénite ou en argent pouvait en venir à bout. Pour certains, « la lycanthropie est la faculté que possèdent certains sorciers d’extérioriser leur corps astral sous une forme animale ».

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